Pour mémoire sur le PROJET L’Eau tissée des lavoirs :

Cette eau-dyssée, sera comme l’Odyssée d’Homère composée de récits de mes navettes, appelés « chants », et les participants (ami(e)s artistes, poètes, écrivains, inconnus…) en seront les rhapsodes d’aujourd’hui…
RHAPSODES, s. m. pl. (Belles-Lettres.) nom que donnoient les anciens à ceux dont l’occupation ordinaire étoit de chanter en public des morceaux des poèmes d’Homere, ou simplement de les réciter.
M. Cuper nous apprend que les rhapsodes étoient habillés de rouge quand ils chantoient l’Iliade, & de bleu quand ils chantoient l’Odyssée. Ils chantoient sur des théâtres, & disputoient quelquefois pour des prix.
Lorsque deux antagonistes avoient fini leurs parties, les deux pieces ou papiers sur lesquels elles étoient écrites, étoient joints & réunis ensemble, d’où est venu le nom de rhapsodes, formé du grec ραπτω, je cous, & ᾠδή, ode ou chant.
Encyclopédie Diderot et d’Alembert , 1ère édition 1751

 

La pièce de Rhapsode qui vient aujourd’hui se tisser à L’eau-dyssée nous vient de Stéphane Mallarmé qui décrit Rimbaud dans une lettre à Harrisson Rhodes , écrite en 1896 . On peut la consulter ici : https://fr.calameo.com/read/000012499e6baa62b9fcc

Dans cette lettre, il compare les mains de Rimbaud à celle d’une blanchisseuse :

« Je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu, une fois, dans un des repas littéraires, en hâte, groupés à l’issue de la Guerre — le Dîner des Vilains Bonshommes, certes, par antiphrase, en raison du portrait, qu’au convive dédie Verlaine. “L’homme était grand, bien bâti, presque athlétique (sic), un visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant.” Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par les transitions du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun. »

Les beaux vers que reprend Stephane Mallarmé dans la lettre sont ceux du Bateau ivre..

texte mallarmé rimbaud main de blanchisseuse

 

 

 

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Le Bateau Ivre en clin d’œil aujourd’hui autour du lavoir de Roches tout proche de la propriété familiale, lieu de séjours, de promenades, d’écriture, d’inspiration d’Arthur Rimbaud… Et voilà que se tisse une nouvelle boucle en tourbillon d’eau où l’on retrouve le chant IV : Le lavoir de Rimbaud, fileur éternel d’immobilités bleues

Retour sur le chant 4 : https://www.facebook.com/notes/leau-tissée-des-lavoirs/chant-4-le-lavoir-de-rimbaud-fileur-éternel-des-immobilités-bleues-/2237326269813116/

Lavoir de Rimbaud à Roches dans les Ardennes

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« Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !
Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
(…)
« Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux… »

Le Bateau ivre, 1871

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« Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par les transitions du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun. « 

Stéphane Mallarmé sur Rimbaud, 1896

 

Isabelle Segard-Baudelet pour L’eau tissée des lavoirs , 29 octobre 2019

Portrait d’Arthur Rimbaud par Fantin Latour, Le coin de table, 1872

Merci à Olivier Segard pour cette belle trouvaille au hasard des lectures du jour….