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LIEU : La Lanterne / Maison du tourisme et du patrimoine de Montreuil sur mer

24 novembre 2018

SOMMAIRE :

La ronde de laine-l’exposition

Ligne de laine, lignes de mots : la ligne d’Isabelle Duval-Desroses Etienne

Poèmes de Françoise Vetter pour la ronde de laine

Scapulaire du Sacré Cœur présenté par Marie Agnès Bethouard

Zazous par Daniel Vandenbrouck

La femme du photographe, Nick Alexander extrait lu par Carmen Vandenbrouck


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Visite de l’exposition de la « Ronde de laine »

Il est impossible d’exposer un moment unique, un geste poétique volontairement éphémère, mais toutes ces lignes venues de toutes parts jusqu’à M sur m pour réaliser la ronde de laine sur le chemin des remparts constituaient aussi une matière d’une grande richesse qu’une exposition dans un beau lieu permettait de venir voir, toucher ou dérouler.. Matières premières chargées de symboliques, mailles d’histoires, mémoire d’une guerre et hommage à la paix, inscriptions dans le paysage, des bleus de toutes les nuances, des lignes courtes, des lignes longues étirées sur le sol, d’autres superbes boules comme autant de points de ponctuation, des petits mots, parfois brodés, parfois glissés dans l’enveloppe, il y avait tout cela au cœur de cette exposition.  Elle fut accrochée avec l’aide dynamique et joyeuse des élèves de la classe de Thomas Poidevin (IME de Rang du Fliers) que je remercie encore. Les photographies ci dessous ne peuvent pas couvrir l’ensemble de cette matière si riche (un travail est en cours sur le sujet).

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Lignes de laine, lignes de mots

Lecture des textes envoyés par  Isabelle Duval-Desroses Etienne pour sa participation à la Ronde de laine à M sur M

« Au commencement j’ai repris des points qui m’évoquaient les femmes qui m’ont appris à tricoter. Premiers pas au point mousse, puis jersey et damiers avec ma grand mère maternelle Maria née en 1914. Maille torse, point de blé et point de riz avec Geneviève. Côtes anglaises et côtes perlées avec Odile. Jacquard en maille glissée ou point des »petits lapins » avec Thérèse…
Cela est devenu un principe : changer de couleur, de matière, oser des mélanges de fils divers, pour faire comme une succession d’échantillons symbolisant autant de femmes, mères, soeurs, tantes ou épouses, tricotant pour leurs hommes partis sur le front. Prise au jeu j’ai alors ressorti les catalogues de points hérités par Maria et Thérèse, et j’ai pris le temps de découvrir des points que je n’avais jamais utilisés.. Points croisés, points de graminée, point de bambous, graines d’orme, rayon de miel, côte granitées, point de toile, point de demi-toile, grain de poudre, côte de cheval, oeil de perdrix, point d’étamine et point d’alvéole, point cloqué, point de sable et point andalou, gros point de vannerie et point moucheté, maille après maille, point après point, la ligne s’allonge… »

Au début de ma ligne, quand je vous ai envoyé le texte, je choisissais plutôt des points et des bleus qui « faisaient » masculin, dans l’idée d’une succession d’échantillons symbolisant des femmes tricotant pour autant de soldat. Il m’est arrivé alors de penser aux prénoms de ces femmes et de ces soldats, en allant notamment chercher dans ma mémoire familiale… Lucien, Germaine, Jules, Léontine, Alice… Un jour, j’ai même compté le nombre de morceaux différents pour savoir combien de soldats et combien de femmes étaient symboliquement réunis dans ma ligne. Il y en avait alors un peu plus de 90 et je n’en revenais pas, c’était au début de l’histoire pourtant.

J’ai commencé par des points relativement simples, qui nécessitaient d’apprendre pas plus de 4 ou 6 lignes, et que je trouvais beaux ou originaux. Et puis, la ligne avançant, j’ai dû choisir des points qui me plaisaient moins, ou qui étaient plus compliqués à réaliser… Et puis, un jour, j’ai lu une lettre de Germaine à Lucien, diffusée par une amie sur internet, dans laquelle était relaté l’envoi d’un morceau de lingerie féminine au fiancé sur le front. Je me suis alors autorisée à tricoter des points plus féminins : des points à trous, à froufrou, des points de dentelle, des points à motifs floraux… j’ai pris plaisir à tricoter des fils de coton, des fils mélangés, destinés aux tricots d’été plus légers, abandonnant pour un temps les fils chauds et épais plus adaptés à la rigueur de la vie dans les tranchées.
Parallèlement, les couleurs ont évolué, en fonction de mon humeur (tricoter du foncé quand on a le bourdon, ce n’est pas très drôle) et de la saison. Au mois de juillet je pouvais tricoter toutes les valeurs de bleu sans problème, la lumière était suffisante. Mais quand les journées ont raccourci et que la lumière a baissé, j’ai évité les couleurs sombres.

 

Souvent, j’appelai mon fils Samuel pour lui montrer un effet de point. Un jour, je lui ai parlé d’une transition qui n’était pas heureuse entre deux morceaux. Il m’a répondu qu’il n’avait pas remarqué que je faisais particulièrement attention aux transitions. Cela m’a fait réfléchir et a fait encore évoluer le travail. Il y a tout un passage ou j’essaie de passer d’un morceau à un autre en conservant une certaine continuité, d’une manière ou d’une autre, par une couleur qui se mélange à une autre, par une côte de torsade qui se poursuit ou se transforme… »

Isabelle Duval-Desroses Etienne pour la Ronde de laine à M sur m

 

ci dessous quelques extraits de la ligne d’Isabelle

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Poèmes de Françoise Vetter pour la ronde de laine

Suivre la ligne bleue. Survivre à la tiédeur des printemps et partir vers une oasis de douceur, terre promise. Quitter les chemins balisés par les anciens et revenir sur les routes de mon dessein. Je suis à la croisée des sons et des ponts, là ou des fils tendus entre deux rêves, à l’azur des sentiments, maladroite et le regard au loin, je guette. J’ai pris soin de me délester de quelques bricoles sur des quais désaffectés face aux espoirs du monde. S’effacer du brouillard épais des années et lutter contre la brutalité.

 

Coquelicots.
Vastes champs,

vastes plaines.

dans la moiteur de la nuit,

tu te saoules dans l’oubli.

Sous l’influence de quelques-uns

te voilà retranché dans ta tranchée

dans la boue, la fureur, la saleté.

Te voilà face à ton destin.

La situation d’un seul, avant celle des autres ne peut passer.

Embourbé, agglutiné, condamné et déjà enterré

à l’abri des obus, parmi tous, tu es bien seul.

Derrière les barbelés, où cheminent tes pensées ?

Vastes champs,

vastes plaines.

je marche le long de la route

de la honte humaine.

Tu as bonne mine derrière ton masque !

A cause de ces armes chimiques

ton teint de céramique

ne peut cacher le décor.

Dans les vapeurs de chlore

dernière tentative héroïque,

tu poses les armes.

Bas les masques !

Tu parles d’un souvenir !

Ces alliances, ces souffrances

cachées au fond du cratère ;

quels souvenirs amers !

Le sang versé ici laisse une trace indélébile

Rien à voir avec le talent de Manet :

Douceur volubile, odeur de bile

charme éphémère de cette fleur de notre enfance :

témoignage anglais !

Regards perdus

au milieu de ces avenues rouges

qui me sus-surent qu’ici ou là-bas,

toujours le même combat.

Qu’ici, encore, rien ne bouge !

 

Françoise Vetter est institutrice, passionnée de musique électro-acoustique, plasticienne et tisseuse de sons…

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Scapulaire du Sacré coeur, présenté par Marie Agnès Bethouard

Moment émouvant de présentation d’un tissu particulier : un scapulaire.

Définition : Forme réduite de ce vêtement, consistant en un carré d’étoffe bénite, souvent double, orné ou non d’images pieuses, retenu par des rubans passés autour du cou et porté sous les vêtements par les fidèles membres de certaines confréries ou de tiers ordres.

Porter un scapulaire. « Je lui trouvai une cachette sûre [au pétale de rose]: au milieu de mon scapulaire, entre un morceau de toile « ayant touché sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus » et l’image imprimée sur flanelle (…) de Notre-Dame des Sept-Douleurs » (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 148).

Ce modèle du Sacré Cœur sur le drapeau français était confié aux soldats qui partaient au front

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Pièce rare, héritage de famille de Marie Agnès Béthouard qui continue de le voir aujourd’hui comme un tissu  protecteur et réconfortant qu’elle aime toucher et emporter avec elle.


Zazous par Daniel Vandenbrouck

Daniel Vandenbrouck nous a proposé un voyage vestimentaire dans la France en guerre des années quarante, époque où l’apparence physique et vestimentaire comme moyen de contester l’ordre établi en France pendant les années 40 :

Voici des extraits de sa présentation :

« En 1934, Cab Calloway, chanteur et chef d’orchestre américain se produit à Paris au Moulin Rouge. Il y interprète son dernier gros succès « Zah Zuh Za ». Il considère la mode du ZOOT SUIT comme l’ultime façon de s’habiller. Ce sont des vêtements extralarges portés par les Latinos et Mexicanos en protestation contre l’Amérique des blancs qui les méprise.
En 1938, Johnny HESS, le compère de Charles TRENET, crée « je suis swing » où il reprend les onomatopées en français « Za Zou Zé » ; le disque sort en février 1939.
C’est la montée du mouvement SWING, jazz à la française, moqué sous le sobriquet « zazou ». Dès 1940, jeunes lycéens et étudiants se réunissent dans les cafés des Champs et du quartier latin pour écouter du jazz.

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Le 12 juin 1942, jour de la sortie du film « Mademoiselle Swing », a lieu la première rafle anti Zazous sur les Champs Elysées. Les filles seront relâchées vers 23h, les garçons passeront la nuit au poste. D’autres rafles suivront ; les prévenus seront envoyés au travail forcé à la campagne : le « service civique rural ». Les jeunes miliciens s’empresseront ensuite de raser ces « dégénérés oisifs » et de s’en prendre à leurs vêtements, lors d’embuscades nocturnes.
Comment s’exprime ce mouvement swing- zazou ?
• En cette période de restriction, taille exagérée des éléments vestimentaires.
• Alors que l’état français déclare que même les cheveux sont une denrée nécessaire à l’effort national, on en fait des pantoufles, qu’il faut se coiffer court, ils arborent une chevelure luxuriante.
• Affectation de la parole (accent anglais et onomatopées) et amour du jazz musique de l’étranger.
• La provocation va même jusqu’à porter l’étoile jaune marquée « Zazou », « Swing », « Goy »…

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des informations précieuses sur ce lien :

https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-de-djubaka/la-chronique-de-djubaka-05-octobre-2018

 

 

 

Chanson interprétée avec Carmen !

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Le portrait chanté « le Feutre Taupé »

Il portait un feutre taupé
Il parlait par onomatopées
Il buvait des cafés frappés
Avec des paâailles
Il était très dégingandé
Il fumait des Camels parfumées
Il marchait à pas combinées
Boul’vard Raspâail


La femme du photographe, Nick Alexander extrait lu par Carmen Vandenbrouck

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Sujet du livre  ici

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Une lecture émouvante ravivant les souvenirs de Carmen qui a travaillé en atelier de confection d’uniformes..

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Merci à l’office du tourisme de Montreuil sur mer pour l’accueil chaleureux de l’exposition et du café text styles

Merci à vous chers participants pour votre venue et vos partages..

Merci à Isabelle Duval-Desroses Etienne d’avoir accepté de me confier sa ligne de laine et ses lignes de mots pour ces moments.

Merci à Renée Azéma pour sa participation depuis Lyon, par l’envoi de ce document sur le sujet de ce  quatrième café Text Styles de l’année :

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Un merci Spécial à Françoise Vetter venue d’Amiens. Je vous invite à découvrir sa page : Les Bricoles de Françoise

Françoise Vetter sur Art Majeur

 

En lien :

https://textstyles.blog/2016/11/10/flanders-fields/

https://textstyles.blog/2017/12/11/le-gilet-de-soie/

Photographie en tête : Rintintins par Lucile Gauthier https://rondedelaine.wordpress.com/2018/05/14/ligne-10-lucile-gauthier/

 

Isabelle Baudelet pour Text Styles le 19 décembre 2018

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