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Tandis qu’un petit phare de vin doré — qui se tient bien vertical sur la nappe — luit à notre portée.

Plat de poissons frits (Francis PONGE, Pièces 1962)

 

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Jeune fille assoupie, Johannes Vermeer, 1657

 

« Les vieilles nappes ont le goût du papier ancien, le goût de nos 33 tours, celui du café, du bois, du chocolat… Elles sont pliées, bien repassées, bien empilées … Elles prennent racines au fond des armoires de nos grands-mères … Et nos esprits, alors, transforment leur réalité…
Le temps s’accumule et tel des sédiments, il augmente les matières. L’imagination est à l’œuvre qui tisse une nouvelle histoire…
Car rien ne prend racine dans une géométrie impeccable. C’est dans l’intimité des coins tordus que tout s’accroche. C’est avec les cicatrices de l’enfance que tout s’ancre… Tout le passé vient vivre, par le songe, dans les tiroirs.
Nous ne jouons pas les historiens avec ces bricoles, nous sommes plutôt un peu poètes avec les choses. Nos émotions devant les oubliés du quotidien ne traduisent rien d’autre que de la poésie perdue.
L’essentiel est sanglé au fond du coffre.. Il est englué dans les cachettes où l’Homme, grand rêveur de serrures et de cadenas dissimule ses secrets…
Le placard et ses étagères, la commode et ses tiroirs, la caisse et son couvercle sont comme des organes, comme un ventre protecteur… Notre vie souterraine est en sûreté…
Au chaud avec les souvenirs d’un siècle passé, nous pouvons ouvrir l’armoire et nous envoler dans son souffle… Un petit air empreint de poésie qui nous murmure à l’oreille des mots tendres. La brise calme des placards diffuse tout tranquillement l’odeur unique de l’autrefois …
Les malles pleines débordent de fils qui ne demandent qu’à être tissés à nouveau… Ramasser les fibres pour ne pas les laisser disparaître. Recueillir les silences, cueillir les histoires. Ecouter la respiration des choses, s’abandonner à leur chant.
Se reconnecter à l’essentiel et réparer les souvenirs, les recoudre… Continuité, traces des sensations… La mélodie douce des reliques se fait entendre à qui sait être attentif…
Lorsque le poète brode et rêve l’objet, il le réchauffe, il l’étend… La matière retrouve sa lumière profonde. La chose a perdu sa définition ainsi que sa réalité tangible. Elle devient œuvre, elle devient poésie.
Attention, le vent souffle, veut nous pousser ailleurs…. Mais nous nous tenons sur nos gardes car la tapisserie est belle aussi, dans le tiroir…
Nous jetons l’ancre dans le placard. Nous arrêtons le temps l’espace d’un instant. »

 Philosophie des fonds de tiroirs
Fontencomble

 

 

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« Grand-Mère n’y est pas mais sa nappe depuis mon enfance …. Ses mains partout. »

Leïlah

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Photographie Leïlah

 

« Le silence leur répond comme une nappe qu’on retire de la table ». Alexandre Voisard

cité par Claire Krähenbühl en commentaire de ce post

 

 

Merci Laurens et Leïlah

 

 

Isabelle Baudelet pour Text ‘Styles le 15 décembre 2018

Merci O pour Vermeer…

 

 

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