Le manteau d’Albertine #2

 ‘ Vise le tissu c’est de la bonne came », Albertine Sarrazin, La cavale.

Il est une mercerie où l’on trouve des explorations entre textes et tissus d’une qualité exceptionnelle. C’est une mercerie particulière, une mercerie ambulante, dotée d’un fil rouge qui va où il veut.

Mercerie Ambulante

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fil rouge

Fils rouges de la Mercerie Ambulante- photo IB pour la navette n°1 Roubaix-Argentan A/R

En effectuant des recherches sur le manteau d’Albertine de Proust, c’est un autre manteau que j’ai découvert, celui réalisé sur un « yoyo » de détenu, en mémoire d’Albertine Sarrazin, par Marie France Dubromel en 2003. Et c’est avec son autorisation que je me permets de l’ajouter à la collection de manteaux Text’Styles.

Un yoyo est constitué de « bandelettes de drap déchirées et nouées entre elles (pouvant atteindre 10 mètres de long) » utilisées par les détenus « pour se passer des messages par les fenêtres des cellules. »

17392062_681003778768176_1035648283_n©Marie France Dubromel

Albertine Sarrazin  , écrivain : 17 septembre 1937 – 10 juillet 1967

Marie France Dubromel a transcrit sur ces bandelettes, « au crayon feutre rouge, quelques extraits des nombreux textes relatifs au textile dans « LA CAVALE » d’ Albertine SARRAZIN, écrivain et détenue célèbre, dans les années 1960. « 

« On se contente de me présenter à bout de bras, deux robes de bure, mes chevilles y disparaissent. »

« Mon premier troc m’a fait un peu mal au coeur : c’était le cardigan que je portais la nuit de l’accident, presque mon linceul. »

« Et que faire en prison, sinon se souvenir et broder ? Tout le monde brode en prison, sur des napperons ou sur des souvenirs. J’ai le devoir d’écrire… ! »

« Le vêtement pénal va m’engoncer en des trames rigides, s’imposer tenue de rigueur; et quand je me déshabillerai, le soir, le droguet gardera mes formes, élimé à la poitrine et aux fesses, étranglé à la taille en gros plis froissés.

« […] MA robe droguet, pour laquelle, depuis que je la porte, je me prends d’affection. Attention, la tôle est dans cette robe, ne l’aime pas ! »

« Notre vie et notre peine passeront, mais la robe droguet ne passera point. Le détenu n’use pas son vêtement : c’est le vêtement qui use son détenu.Tristesse de la ravaudeuse ! Je me lève pour faire connaissance avec le temple de l’Oripeau. »

Albertine SARRAZIN  (La Cavale,  Jean-Jacques PAUVERT, 1962)

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©Marie France Dubromel

‘ Je remarquai que j’étais vêtue d’un pyjama d’homme et d’un chandail en jacquard noir. Le manteau pénal avait disparu. »

Albertine Sarrazin, L’Astragale, Jean Jacques Pauvert, 1965

Isabelle Baudelet pour Text’Styles le 12 avril 2017

Merci à Marie France Dubromel, Mercerie Ambulante pour ce prêt de manteau

A découvrir ici :  Le manteau d’Albertine 

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