R de W, Rebecca de Winter

     « Quand elle est morte, elle était en chandail et en pantalon »Rebecca n’existe pas, pourrait-on affirmer si tout était si simple : c’est un personnage de roman écrit par Daphné du Maurier en 1938, adapté au cinéma par Alfred Hitchcock en 1940. Son prénom fait le titre du livre et du film, mais elle est absente de l’histoire : elle est morte, noyée, l’année qui précède le début du récit. Et pourtant…c’est le personnage le plus présent.

Rebecca, disparue, écrase d’un poids terrible la nouvelle madame de Winter, narratrice et omniprésente, mais dont le prénom n’est jamais révélé.

Tout se passe dans un manoir anglais mais : point de fantôme ou d’apparition surnaturelle, se sont les tissus soigneusement conservés et particulièrement la lettre R, savamment brodée dessus, qui lui donnent corps, la rendent presque plus vivante que les vivants, bien plus encore que les récits de la gouvernante, Mrs Danvers, qui se charge de rappeler sans cesse son souvenir.

Le lit, les armoires remplies encore de vêtements portés par Rebecca, ses robes, ses fourrures, et surtout le marquage de son linge par la lettre R, tout sauf une lettre morte, en font, plus qu’une revenante, un être qui n’est jamais vraiment parti.

 

« Je m’attendais à trouver des fauteuils recouverts de housses et des draps sur la table. Il n’en était rien. Il y avait des brosses et des peignes sur la coiffeuse; des parfums, de la poudre. Le lit était fait, je vis l’éclat blanc de la taie d’oreiller et l’épaisseur d’une couverture sous le couvre-lit capitonné (..) une robe de chambre en satin était jetée sur un fauteuil près d’une paire de mules. »

« Je touchai le dessus de lit, suivis du doigt le monogramme brodé sur la pochette de satin étalée sur l’oreiller »

Rebecca, Daphné du Maurier, Chapitre XIII

La narratrice, jeune nouvelle épouse de Maxim de Winter est entrée dans la chambre de Rebecca, tels ces lieux « interdits » que l’on vous dissuade tellement de voir que vous finissez immanquablement par y pénétrer. (Demandez à Barbe Bleue ce qu’il en pense !)

 

 

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Lettre contre lettres, l’être contre l’être, ainsi s’affrontent les R de W, de Rebecca de Winter et le « I »-je en anglais, de la narratrice sans prénom.

« I got up from the stool and went and touched the dressing-gown on the chair. I picked up the slippers and held them in my hand. I was aware of a growing sense of horror, of horror turning to despair. I touched the quilt on the bed, traced with my fingers the monogram on the nightdress case, R de W, interwoven and interlaced. The letters were corded and strong against the golden satin material. The nightdress was inside the case, thin as gossamer, apricot in colour. I touched it, drew it out from the case, put it against my face. It was cold, quite cold. « 

 

 

 

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« Quand elle est morte, elle était en chandail et en pantalon ».

 

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Dans le film d’Alfred Hitchcock, on retrouve, la même présence fantomatique à travers le linge chiffré, et le nécessaire de bureau orné du monogramme R. Pour renforcer la densité des lettres sur le tissu, il invente même les personnages des brodeuses:  des nonnes d’un improbable couvent Sainte Claire (surtout en Angleterre où les couvents n’existent à peu près guère) où aurait été marquée la lingerie:  son chiffre, dit la version française.

 

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Dialogue de la version française :

« Venez, venez jeter un coup d’oeil sur sa garde robe ? C’est là que je rangeais ses vêtements.Vous voulez les voir, je suppose. Sentez cela, c’est monsieur qui  lui avait donné ce manteau pour Noël.Monsieur lui faisait des cadeaux de grandes valeurs. J’ai rangé son linge de ce côté. Je lui fais broder son chiffre par les soeurs du couvent de Sainte Claire. »

 

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Isabelle Baudelet pour Text’Styles le 27 février 2017

Sources :

http://athomeinthemovies.blogspot.fr/2016/01/r-and-i-monograms-in-rebecca-1940.html

Rebecca, Daphné du Maurier, 1938 chapitre XIII.

Rebecca, Alfred Hitchcock, 1940.

 

 

 

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