-1857-

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Au dessus de chaque arbre fruitier, une couronne de mots fermement tenue : « If I can ». Si je peux, a-t-il patiemment brodé, encore et encore, tel le travail d’un jardinier étiquetant méticuleusement chaque plantation de son verger ou celui d’une brodeuse s’appliquant à parfaire, au fil et à l’aiguille, les lettres de son marquoir. C’était en 1857, à Londres, William Morris réalisait pour la première fois une tapisserie aux arbres peuplés d’oiseaux de laine, tissée d’écriture, de feuilles et de fruits.

Le travail est un peu maladroit, dit-on dans les ouvrages spécialisés. Je ne sais pas, je ne saurai en faire de même. Il apprenait alors la technique de la broderie avec pour seul désir de créer autour de lui de la beauté. La tapisserie était destinée aux murs du logement qu’il partageait avec le poète Dante Gabriel Rossetti et le peintre Edward Burne Jones, Red lion Square.

« Deux jeunes gens sont récemment venus à la ville ; ils ont étudié à Oxford et sont maintenant de mes plus intimes amis. Leurs noms sont Morris et Jones. Ils se sont faits artistes au lieu de choisir une carrière où conduit en général l’Université ; et tous deux sont des hommes de réel génie. Les dessins de Burne Jones sont des merveilles de détail achevé et imaginatif… Morris, quoique doué jusqu’à présent de peu de pratique, n’a pas moins de puissance. Il écrit des poèmes réellement admirables. »  écrivait Dante Gabriel Rossetti

William Morris (1834-1896) étudiant en théologie, devint poète, designer textile, imprimeur, éditeur, amoureux de la nature et des jardins qu’il ne cessa d’écrire, d’imprimer, de broder et de tisser.

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Il me semble reconnaître des pommiers, ou des « pommiers aux fruits d’or » ressemblant à des orangers dans le jardin des Hespérides et que l’on voit dans les tapisseries médiévales des Flandres.

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A mon seul désir, Tapisserie de la dame à la licorne, Musée de Cluny

dame-a-la-licorneTapisserie de la dame à la Licorne, Musée de Cluny

 

 

Et si l’on s’aventure un peu plus dans le verger brodé, il n’est pas impossible d’apercevoir les arbres du jardin mystique de Jan Van Eyck, dont la devise était : « Als Ich kann, »  » comme je peux, » ou « de mon mieux » et dont les oeuvres faisaient toute l’admiration de William Morris.

 

DSC09059.jpgL’Agneau mystique Jan Van Eyck

red_turban_det_topSignature et devise de Jan Van Eyck inscrite sur portrait de Marguerite Van Eyck

 

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Savait-il en brodant ces arbres fruitiers que c’est dans une pommeraie qu’il ferait bâtir  deux ans plus tard « the Red House », la demeure qu’il conçut avec l’architecte Philip Webb pour y vivre, au sud est de Londres, après son mariage avec Jane Burden ?

 

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Les jardins de Red House

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« Fruit and Daisy » ~   William Morris

 

THE FLOWERING ORCHARD.

Silk Embroidery.

Lo silken my garden,
and silken my sky,
And silken my apple-boughs
hanging on high;
All wrought by the Worm
in the peasant carle’s cot
On the Mulberry leafage
when summer was hot!

Poem by the Way, William Morris, 1891

 

 

« There is no square mile if Earth’s inhabitable surface that is not beautiful in its own way, if we men will only abstain from wilfully destroying that beauty »William Morris

 

A suivre….

Isabelle Baudelet pour Text’Styles le 7 février 2017