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Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Le temps retrouvé, tome 2.

« …Je travaillerais auprès d’elle, et presque comme elle (du moins comme elle faisait autrefois : si vieille maintenant elle n’y voyait plus goutte) car épinglant deci de un feuillet supplémentaire, je bâtirais mon livre, je n’ose pas dire ambitieusement comme une cathédrale, mais tout simplement comme une robe. Quand je n’aurais pas auprès de moi tous mes papiers toutes mes paperoles, comme disait Françoise, et que me manquerait juste celui dont j’aurais eu besoin, Françoise comprendrait bien mon énervement, elle qui disait toujours qu’elle ne pouvait pas coudre si elle n’avait pas le numéro du fil et les boutons qu’il fallait, et puis, parce que à force de vivre ma vie, elle s’était faite du travail littéraire une sorte de compréhension instinctive, plus juste que celle de bien des gens intelligents, à plus forte raison que celle des gens bêtes.

 

 

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À force de coller les uns aux autres ces papiers que Françoise appelait mes paperoles, ils se déchiraient çà et . Au besoin Françoise pourrait m’aider à les consolider de la même façon qu’elle mettait des pièces aux parties usées de ses robes ou qu’à la fenêtre de la cuisine, en attendant le vitrier comme moi l’imprimeur, elle collait un morceau de journal à la place d’un carreau cassé.

Elle me disait en me montrant mes cahiers rongés comme le bois l’insecte s’est mis : « C’est tout mité, regardez, c’est malheureux, voilà un bout de page qui n’est plus qu’une dentelle,et l’examinant comme un tailleur, je ne crois pas que je pourrai la refaire, c’est perdu. C’est dommage, c’est peutêtre vos plus belles idées. Comme on dit à Combray, il n’y a pas de fourreurs qui s’y connaissent aussi bien comme les mites. Elles se mettent toujours dans les meilleures étoffes. »

A la recherche du temps perdu tII A l'ombre des jeunes filles enfleurs

Manuscrits, collages de Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs

 

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Exposition 7 novembre 2015- 20 mars 2016 Palais Galliera

Cette exposition proposait de découvrir la garde-robe de la Comtesse Greffulhe dont la beauté et l’élégance légendaires ont inspiré Marcel Proust qui en fit le personnage de Mme de Guermantes

« Aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. », écrit Proust à Montesquiou.

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La comtesse Greffulhe (1860-1952), photographiée par Nadar.

Isabelle Baudelet pour Text’Styles le 18 decembre 2016

 

Un bel article à découvrir sur le blog de fil en dentelle par Marie Laure Colomban

https://defilendentelle.wordpress.com/2015/11/10/la-mode-retrouvee-les-robes-tresors-de-la-comtesse-greffulhe-musee-galliera/

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Illustrations

Sainte Cécile, John William Waterhouse, 1895

 Mme Adélaïde (1732-1799) fille de Louis XV tenant un livre de musique
Jean-Marc Nattier
1758
Musée du Louvre / Chambre de Madame Victoire du Château de Versailles

 

 

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