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En franchissant le cadre de la porte étroite du château de Germolles, je ne pensais pas que j’y découvrirai l’origine étymologique et botanique du terme carder.

Carder signifie « travailler, peigner les fibres textiles afin de les démêler à l’aide de cardes », c’est à dire « une machine essentiellement constituée d’organes garnis de pointes inclinées, sur laquelle s’effectue le cardage des matières textiles ».

C’est un mot qui, pour moi, remonte à l’enfance, plus exactement à cette étrange machine qui se trouvait dans le petit atelier de mon grand père Jules. Il était mineur, il cardait lui même  la laine, le crin contenu dans son matelas de manière à lui redonner son épaisseur primitive.

 

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Le château de Germolles est un endroit d’exception, c’est la résidence des ducs de Bourgogne la mieux conservée aujourd’hui. Philippe le Hardi l’acquiert en 1380 et en fait cadeau à son épouse : Marguerite de Flandre, qui entreprend de grands travaux pour en faire son « palais des champs »., mêlant fastes palatiaux et allusions rustiques. Elle y développe  l’élevage de moutons pour la laine et pour la symbolique poétique qu’elle peut ainsi mettre en valeur : elle se fait alors bergère d’un paradis terrestre. Aussi se trouvait autrefois à l’entrée une sculpture de Claus Sluter représentant Philippe Le Hardi et Marguerite de Flandre, debout sous un orme entourés de moutons.
Cette statue a disparu mais  un pavement qui en garde le souvenir :
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Associés au mouton, dans la symbolique ornementale du château de Germolles, on découvre des roses, des soleils et des chardons.
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Notre  excellent guide et propriétaire du château, Matthieu Pinette nous explique que le chardon apparaît dans l’emblématique de plusieurs cours princières au 14 ème et 15 ème siècles. Il serait le symbole de la fidélité, certains y voient un jeu de mots évoquant le « cher don » ou encore il s’inscrirait ici en harmonie avec le lieu et  le développement de l’activité lainière souhaité par Marguerite de Flandres. Une variété de chardon, la cardère à Foulon ou à bonnetier, était en effet utilisée pour peigner la laine bien avant l’apparition des peignes mécaniques et des machines.
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Vitrail des tisserands  Semur en Auxois 15 eme siècle cardère à foulon.

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Encyclopédie méthodique Agriculture, Tome troisième [Chable-Cytise], Paris, 1793, p. 62, article « Chardon à Bonnetier » par Alexandre-Henri Tessier 

 

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Marianne Kjelster, née en 1833. Elle a appris à tricoter à l’âge de 5 ans et à filer à 8 ans. Ici en train de carder la laine ( Autour du fil. L’encyclopédie des arts textiles. Ed. « Fait Main ». Coll Bonniers ) – document fourni par Marie-France Dubromel

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Machine à carder 1790

Mais revenons à nos chardons, aux cardères qui portent le nom de « cabaret des oiseaux »

 

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« C’est presque un « monument historique »… Qui peut comme elle se vanter d’avoir été l’héroïne de 20 siècles d’histoire textile ? Elle est rarissime .

La seule fleur qui ait travaillé à l’usine employée à peigner sans fin les draps de laine, les feutres, les lodens… La cardère cultivée est la seule plante industrielle dont la fleur elle-même, une fois séchée et préparée, ait été utilisée comme outil. … Ses crochets acérés, à la fois durs et élastiques, n’avaient pas leurs pareils pour tirer délicatement les fils de la trame, donnant à l’étoffe son aspect moelleux, ou feutré.

D’abord actionnée à la main puis, à partir du XIXème siècle, montée sur les énormes « laineuses »… Des documents très anciens montrent des peignes, ou « croisées », portant des têtes de cardère. Les têtes étaient alors coupées à leurs deux extrémités, et fixées sur de grandes règles ou des tringles d’acier. Malgré son glorieux passé, elle a failli disparaître de France. Avec la concurrence des brosses métalliques ou synthétiques (moins chères), la culture et le négoce de la Cardère se sont éteints en France dans les années 1980. La Cardère n’est plus cultivée nulle part en France. »

Site de La hulotte

 

 

 

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« Quelquefois les vents alizés du Nord-est ou du Sud-est qui y soufflent constamment, cardent les nuages comme si c’était des flocons de soie »
Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre


 

Sources :

http://www.cnrtl.fr/definition/carder

http://base-devise.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1466

http://www.bm-dijon.fr/documents/ANNALES%20BOURGOGNE/1942/1942-014-01-007-024-1360647.pdf

http://www.futura-sciences.com/planete/definitions/botanique-cardere-4611/

ARTICLE DE LA VOIX DU NORD 25/07/2012

Le château de Germolles, Matthieu Pinette

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