Châle , un monde en soi, un jardin dans lequel tout le ciel de ce jardin était dit,…

« .. des châles, des châles de cachemire de la Perse et de Turkestan, tels qu’on en voyait prendre une valeur touchante sur les épaules doucement tombantes de nos arrières-grands-mères ; des châles au centre rond, ou carré, ou étoilé, sur un fond noir,
vert ou ivoire, chacun d’eux un monde en soi,vraiment, oui, chacun un bonheur complet, une félicité totale et peut-être un total renoncement –chacun tout cela, tout tissé d’humain, chacun un jardin dans lequel tout le ciel de ce jardin était dit, était contenu aussi, comme dans le parfum du citron l’espace tout entier, le monde tout entier probablement, que l’heureux fruit a intégré jour et nuit dans sa croissance, se communique.
Comme il y a des années, à Paris, les dentelles, j’ai compris soudain devant ces étoffes déployées, l’essence du châle ! Mais la dire ? Autre fiasco… c’est peut-être seulement ainsi, seulement dans les transmutations que permet un lent et tangible travail manuel, que réussissent des équivalents complets, silencieux, de la vie, ce à quoi le langage n’aboutit jamais qu’au moyen de périphrases, hors les rares cas où il parvient à obtenir, dans un appel magique, que telle ou telle face plus cachée de l’existence demeure, l’espace d’un poème, tournée vers nous. »
EM Rilke à la comtesse Margot Sizzo-Noris, 16 décembre 1923
cité dans « Rilke », par Philippe Jaccottet

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chale_rilkeChâle vu par Rilke lors de sa visite au musée historique de Berne

Source Rilke, par Jaccottet sur :

http://alluvions.blogspot.fr/2013/08/le-centre-noir-du-chale.html

 

Isabelle Baudelet Pour Text’Styles le 18 Août 2016

Suite du tissage :

Ajouts du 16/01/2018… tissage avec Paolina Mirontaine :

« Cette fuite hors de nous pour se réfugier dans le châle,

et autour du silencieux centre, le désir

que revienne encore une fois et encore

une fois la fleur inouïe

qui s’accomplit dans le vibrant tissu. »

 Châle – Poèmes épars (1907-1926), Rainer Maria Rilke (traduit par Philippe Jaccottet) – 

 

Et en magnifique écho, la poursuite du tissage commencé sans le savoir en Août 2016 avec Patrick Bléron, auteur du blog « Alluvions »

Iris malin d’un cachalot colossal

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https://alluvions.blogspot.fr/2018/01/iris-malin-dun-cachalot-colossal.html

et tissage de lectures proposé par Marie-France Dubromel

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A suivre…

 

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